dimanche 20 mai 2012
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La Chèvre de Monsieur SEGUIN (Les cowboys etanches)
« La chèvre de Monsieur SEGUIN »
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Présentation de l'Editeur
AH! Qu'elle était jolie la petite chèvre de Monsieur Seguin!... »
Oui, elle était bien jolie, et elle est le sujet d'une histoire bien jolie aussi, une histoire comme seul Alphonse Daudet savait en raconter.
La Chèvre de Monsieur Seguin, C'est un de ces petits bijoux des lettres françaises, un conte charmant, presque une fable, un de ces textes admirables que tous les jeunes lecteurs
aiment garder en mémoire.
FICHE TECHNIQUE DU LIVRE
Titre : La chèvre de Monsieur SEGUIN
Auteur : Alphonse DAUDET
Edition : HACHETTE
Bibliothèque rose numéro : 20 1486 8
ILLUSTRATIONS D' ALBERT CHAZELLE
Couleurs pleine page hors-texte et,
noir & blanc in texte.
Dépôt légal n° 846 2° trimestre 1975
Imprimé en France
par Brodard - Taupin
Imprimeur - Relieur
20 - 05 - 4993 - 01
© Librairie Hachette, 1963.
Tous droits de traduction, de reproduction
et d'adaptation réservés pour tous pays.
Reliure : Cartonnée; illustrée couleurs en recto
Nombre de pages : 120 TABLE DES MATIÈRES : OUI
Poids : 170 grammes Format :
125 x 170 mm
I.S.B.N : 2 - 01 - 001355 - 7 Code Barre = EAN : NON
Livre épuisé chez l' Editeur
COUVERTURES
ANNEXE
La chèvre de Monsieur SEGUIN, by Alphonse DAUDET
Editeur : Hachette impr. Brodard et taupin (1963)
A.S.I.N : B0014XAY8K
www.amazon.fr
PARUTION
Date de première publication : le 14 Septembre 1866, dans le journal intitulé : L'Événement
Seconde publication : en 1869, dans le recueil intitulé : Lettres de mon moulin
LES NOMS
La Chèvre blanche : Blanquette
La Chèvre déjà morte : La Renaude (ancienne chèvre de Mr SEGUIN)
GRINGOIRE Pierre : poète lyrique à Paris
Le loup : animal énorme avec une grosse langue rouge et des babines d'amadou.
Monsieur SEGUIN
EXTRAIT La chèvre de Monsieur SEGUIN, by Alphonse DAUDET
LA CHÈVRE DE M. SEGUIN
A M. Pierre Gringoire, poète lyrique à Paris.
... Ah! Gringoire qu'elle était jolie la petite chèvre de M. Seguin! Qu'elle était jolie avec yeux doux, sa barbiche de sous-officier, ses sabots noirs et luisants, ses cornes zébrées
et ses longs poils blancs qui lui faisaient une houppelande! C'était presque aussi charmant que le cabri d'Esméralda, tu te rappelles, Gringoire? - et puis docile, caressante, se laissant
traire sans bouger, sans mettre son pied dans l'écuelle. Un amour de petite chèvre...
M. Seguin avait derrière sa maison un clos entouré d'aubépines. C'est là qu'il mit sa nouvelle pensionnaire. Il l'attacha à un pieu, au plus bel endroit du pré, en ayant soin de lui
laisser beaucoup de corde, et de temps en temps, il venait voir si elle était bien. La chèvre se trouvait très heureuse, et broutait l'herbe de si bon cœur que M. seguin était ravi.
- Enfin, pensait le pauvre homme, en voilà une qui ne s'ennuiera pas chez moi! .
M. Seguin se trompait, sa chèvre s'ennuya.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Quand la chèvre blanche arriva dans la montagne, ce fut un ravissement général. Jamais les vieux sapins n'avaient rien vu d'aussi joli. On la reçut comme une petite reine. Les
châtaigniers se baissaient jusqu'à terre pour la caresser du bout de leus branches. Les genêts d'or s'ouvraient sur son passage et sentaient bon tant qu'ils pouvaient. Toute la montagne lui
fit la fête.
Tu penses, Gringoire, si notre chèvre était heureuse! Plus de corde, plus de pieu... rien qui l'empêchât de gambader, de brouter à sa guise... C'est là qu'il y en avait de l'herbe!
Jusque par-dessus les cornes, mon cher!... Et quelle herbe! Savoureuse, fine, dentelée, faite de mille plantes... C'était bien autre chose que le gazon du clos. Et les fleurs donc!... De
grandes campanules bleues, des digitales de pourpre à longs calices, toute une forêt de fleurs sauvages débordant de sucs capiteux!...
La chèvre blanche, à moîtié soûle, se vautrait là-dedans les jambes en l'air et roulait le long des talus, pêle-mêle avec les feuilles tombées et les châtaignes... Puis, tout à coup
elle se redressait d'un bond sur ses pattes. Hop! la voilà partie, la tête en avant, à travers les maquis et les buissières, tantôt sur un pic, tantôt au fond d'un ravin, là-haut, en bas,
partout... On aurait dit qu'il y avait dix chèvres de M. Seguin dans la montagne.
C'est qu'elle n'avait peur de rien, la Blanquette.
Elle franchissait d'un saut de grands torrents qui l'éclaboussaient au passage de pousière humide et d'écume. Alors toute ruisselante, elle allait s'étendre sur quelque roche plate et
se faisait sécher par le soleil... Une fois, s'avançant au bord d'un plateau, une fleur de cytise aux dents, elle aperçut en bas, tout en bas dans la plaine, la maison de M. Seguin, avec le
clos derrière. Cela la fit rire aux larmes.
- Que c'est petit! dit-elle; comment ai-je pu tenir là-dedans?
Pauvrette! de se voir si haut perchée, elle se croyait au moins aussi grande que le monde...
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Tout à coup le vent fraîchît. La montagne devint violette; c'était le soir...
- déjà! dit la petite chèvre; et elle s'arrêta fort étonnée.
En bas les champs étaient noyés de brume. Le clos de M. Seguin disparaissait dans le brouillard, et de la maisonnette on ne voyait plus que le toit avec un peu de fumée. Elle écouta
les clochettes d'un troupeau qu'on ramenait, et se sentit l'âme toute triste... Un gerfaut, qui rentrait, la frôla de ses ailes en passant. Elle tressaillit... puis ce fut un long hurlement
dans la montagne.
- Hou! hou!
Elle pensa au loup; de tout le jour, la folle n'y avait pas pensé. Au même moment une trompe sonna bien loin dans la vallée. C'était ce bon M. Seguin qui tentait un dernier effort.
Hou! hou!... faisait le loup.
- Reviens! reviens!... criait la trompe.
Blanquette eut envie de revenir; mais en se rappelant le pieu, la corde, la haie du clos, elle pensa que maintenant elle ne pourrait plus se faire à cette vie, et qu'il valait mieux
rester.
La trompe ne sonnait plus...
La chèvre entendit derrière elle un bruit de feuilles. Elle se retourna et vit dans l'ombre deux oreilles courtes toutes droites, avec deux yeux qui reluisaient.. C'était le loup.
Enorme, immobile, assis sur son train de derrière, il était là, regardant la petite chèvre blanche et la dégustant par avance. Comme il savait bien qu'il la mangerait, le loup ne se
pressait pas; seulement, quand elle se retourna, il se mit à rire méchamment.
- Ha! ha! la petite chèvre de M. Seguin; et il passa sa grosse langue rouge sur ses babines d'amadou.
Blanquette se sentit perdue... Un moment, en se rappelant l'histoire de la vieille Renaude, qui s'était battue toute la nuit pour être mangée le matin, elle se dit qu'il vaudrait
peut-être mieux se laisser manger tout de suite; puis, s'étant ravisée, elle tomba en garde, la tête basse et la corne en avant, comme une brave chèvre de M. Seguin qu'elle était... Non pas
qu'elle eût l'espoir de tuer le loup, - les chèvres ne tuent pas le loup, - mais seulement pour voir si elle pourrait tenir aussi longtemps que la Renaude...
Alors le monstre s'avança, et les petites cornes entrèrent en danse.
Ah! la brave chevrette! comme elle y allait de bon cœur! Plus de dix fois, je ne mens pas, elle força le loup à reculer pour reprendre haleine. Pendant ces trêves d'une minute, la
gourmande cueillait en hâte encore un brin de sa chère herbe, puis elle retournait au combat la bouche pleine... Cela dura toute la nuit. De temps en temps la chèvre de M. Seguin regardait
les étoiles danser dans le ciel clair, et elle se disait :
- Oh! pourvu que je tienne jusqu'à l'aube...
L'une après l'autre les étoiles s'éteignirent. Blanquette redoubla de coups de corne, le loup de coups de dents... Une lueur pâle parut dans l'horizon. Le chant d'un coq enroué monta
d'une métairie.
- Enfin! dit la pauvre bête, qui n'attendait plus que le jour pour mourir; et elle s'allongea par terre dans sa belle fourrure blanche toute tachée de sang...
Alors le loup se jeta sur la petite chèvre et la mangea.
Adieu, Gringoire!
L'histoire que tu as entendue n'est pas un conte de mon invention. Si jamais tu viens en Provence, nos ménagers te parleront souvent de la cabro de moussu Seguin, que se battégue touto la
neui emé lou loup, e piei lou matin lou loup la mangé.
(La chèvre de Monsieur Seguin, qui se battit toute la nuit avec le loup; et puis, le matin, le loup la mangea).
Tu m'entends bien, Gringoire :
E piei lou matin loup la mangé.
REPRODUCTION INTERDITE
source = Lettres de mon Moulin
AUX ÉDITIONS TERRES LATINES
ILLUSTRATION DE MARIANNE CLOUZOT
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